Abstractions divinisées, nfp

Title

Abstractions divinisées, nfp

Description

Notions ou qualités abstraites promues au rang de divinités, telles que l'Éternité, la Fortune, la Victoire...(qualifiées traditionnellement de « divinités allégoriques »). Elles sont largement attestées chez les Grecs et les Romains. Cette divinisation, il est vrai, a pu connaître des degrés différents, allant d'une simple intégration dans la mythologie (not. par le biais des généalogies) à l'existence d'un véritable culte. Il faut reconnaître aussi que la limite entre les abstractions divinisées et celles qui ne le sont pas n'est pas toujours évidente (certaines figures relèvent d'une rhétorique purement littéraire 1).

Un certain nombre de ces divinités apparaissent chez Hésiode, qu'il s'agisse des enfants de la Nuit (« qui les enfanta seule ») ou d'Éris (voir ici même les énumérations reproduites s.v. Nyx et Éris). Ces généalogies sont reprises et développées en latin (en associant Érèbe à la Nuit), comme dans ce texte de Cicéron, citant Carnéade: « Si [Saturne] est un dieu, on doit reconnaître que son père Caelus en est un aussi. Si c'est le cas, les parents de Caelus, Éther et Dies, doivent aussi être considérés comme dieux, ainsi que leurs frères et sœurs que les généalogistes anciens appellent Amour, Ruse, Crainte, Peine, Envie, Destin, Vieillesse, Mort, Ténèbres, Malheurs, Plainte, Partialité, Fraude, Obstination [...]: tous, disent-ils, sont les enfants d'Érèbe et de la Nuit. Ou bien donc il faut accepter ces monstres ou bien il faut éliminer les premiers que nous avons mentionnés 2. » On trouve d'autres énumérations significatives chez Hygin (qui ajoute les enfants d'Éther et de la Terre), ainsi que chez Virgile, Ovide, Sénèque, Pline l'Ancien, Stace, Silius Italicus ou Claudien. De nombreuses figures abstraites apparaissent aussi, sous un autre angle, dans le cadre des Indigitamenta (v. ce nom).

En dehors même de la littérature, on ne compte pas le nombre d'inscriptions, et notamment de dédicaces, se référant à des abstractions divinisées. A partir d'Auguste, plusieurs d'entre elles sont vénérées comme des bienfaits ou comme des « vertus impériales » (cf. R. Étienne et D. Fishwick), éventuellement qualifiées d'Augusta: voir par ex. Aeternitas, Concordia, Felicitas, Fides, Fortuna, Justitia, Libertas, Pax, Pietas, Providentia, Salus, Spes ou Victoria. Certaines disposent de sanctuaires, d'autels, de temples, de statues. Elles sont souvent aussi représentées sur des monnaies.
En combinant les diverses sources d'informations, il a été possible d'enregistrer ici plus de deux cents entités abstraites, sans prétendre naturellement à l'exhaustivité.
La question s'est posée de savoir si, du point de vue religieux, ces abstractions furent conçues dès l'origine comme des entités indépendantes ou si elles sont apparues plus tardivement, lorsque certaines propriétés des grandes divinités se sont détachées d'elles pour devenir autonomes (comparer par ex. Libertas et Jupiter Libertas). Il est probable qu'il n'y a pas de réponse uniforme valant pour toutes les unités. Il faut tenir compte aussi de l'imagination des poètes et des mythographes, indépendamment de la religion.

N: (1) Voir sur ce thème Bompaire 1980 (pp. 77-82) — (2) Cic., Nat. deor. (III, xvii-44); trad. Cl. Auvray-Assayas

Source

LG: Hés., Th. (211-232)
LL: Virg., Én. (VI, 273-281) — Ov., Mét. (IV, 484-485) — Hyg., Fab. (Préf., 1 et 3) — Sén., Herc. fur. (690-696); Œd. (590-594) — Pline (II, v-14) — Sil. Ital. (XIII, 579-587) — Stace, Théb. (VII, 47-54) — Val. Flac. (II, 204-206) — Arnob. (IV, 1) — Claud., VI Cons. Hon. (322-323); Ruf. (I, 30-38)
E: Rosch. Lex. 3.2, 1902-09 (L. Deubner, s.v. « Personifikationen abstrakter Begriffe », col. 2068-2169) — Axtell 1907 — Étienne 1958 (« Le culte des vertus impériales et des dieux augustes », pp. 319-349) — Dumézil 1974 (« Abstractions personnifiées », pp. 399-408) — Duchemin (éd.) 1980 — Fishwick 1991 (« Augustan Blessings and Virtues », pp. 455-475; v. la liste proposée p. 460) — Charlet (J.-L.), in Claudien, CUF, t. 2.1, 2000 (p. 191 n. 2) — Mantzilas 2002 (1re partie, « Les abstractions personnifiées », pp. 10-59) — Petzl 2005 (pp. 69-77)

Collection

Citation

“Abstractions divinisées, nfp,” Divinités grecques et romaines, accessed September 9, 2026, https://divinitesgrecoromaines.omeka.net/items/show/50599.